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La communication Humains-données.
Séminaire Data · Document · Médiation – 3 juin 2026, 9h30-13h, CNAM, 2 rue Conté, Paris 3, métro Arts et Métiers. Salle 31.2.87 (accès 31 au 2ème étage, salle 87).
Argumentaire
Nous vivons un moment charnière dans l’histoire des relations entre les humains, les technologies et les données.
Pendant plusieurs décennies, la relation entre l’humain et la machine a été pensée selon une logique relativement asymétrique : l’humain produisait du sens, prenait les décisions et interprétait le monde ; la machine stockait, calculait et exécutait. Les données apparaissaient alors comme de simples traces ou ressources au service de l’activité humaine.
Aujourd’hui, cette relation s’est profondément transformée. Les systèmes numériques contemporains ne se contentent plus d’enregistrer les activités humaines : ils les modélisent, les interprètent et influencent en retour les comportements individuels et collectifs. Dans le domaine de l’éducation, cette évolution prend une dimension particulière. Les données ne servent plus seulement à documenter les apprentissages ; elles prétendent désormais les accompagner, les orienter, les prédire et parfois même les définir.
C’est cette transformation des rapports entre humains, données et systèmes algorithmiques que nous souhaitons interroger aujourd’hui.
Trois tensions structurent notre réflexion.
1. Transparence et opacité
Les systèmes d’intelligence artificielle mobilisent des volumes considérables de données comportementales, cognitives ou relationnelles. Pourtant, les mécanismes qui transforment ces données en évaluations, recommandations ou décisions demeurent souvent difficiles à comprendre.
Dans le contexte éducatif, cette opacité concerne aussi bien les apprenants que les enseignants ou les institutions. Quels critères sont mobilisés ? Quels modèles sont utilisés ? Selon quelles logiques certaines recommandations sont-elles produites plutôt que d’autres ? La promesse d’une décision fondée sur les données se heurte ainsi à la difficulté d’en rendre les mécanismes intelligibles.
2. Personnalisation et normativité
L’une des promesses les plus attractives de l’intelligence artificielle réside dans sa capacité à personnaliser les parcours d’apprentissage. Mais personnaliser à partir des données implique également de catégoriser, de comparer et de prédire.
Derrière chaque recommandation se trouvent des modèles qui définissent implicitement ce qu’est un apprenant « typique », un parcours « optimal » ou une réussite « attendue ». La personnalisation risque alors de devenir un vecteur de normalisation. Une question centrale apparaît : quelles traces de ces décisions restent accessibles à la discussion, à la critique et à la contestation ?
3. Agentivité et délégation
L’humain n’est jamais un simple récepteur des prescriptions algorithmiques. Il interprète les recommandations, les négocie, les détourne ou les contourne. Son agentivité demeure réelle.
Cependant, jusqu’où cette capacité d’action peut-elle s’exercer lorsque l’environnement informationnel lui-même est structuré par des données, des indicateurs et des modèles qu’il n’a ni choisis ni construits ? À mesure que certaines fonctions cognitives, pédagogiques ou décisionnelles sont déléguées aux systèmes algorithmiques, la question n’est plus seulement celle de l’efficacité technique, mais aussi celle du partage du pouvoir d’agir.
L’interface humain-données apparaît alors comme bien davantage qu’un simple dispositif technique. Elle constitue un espace de médiation où se négocient la visibilité, l’interprétation et le contrôle des informations. En ce sens, elle est également un enjeu de pouvoir communicationnel, cognitif et politique.
La question n’est donc plus seulement de savoir comment les données représentent les activités humaines, mais comment elles participent désormais à leur organisation, leur interprétation et leur gouvernance.
Interroger les interfaces humain-données revient ainsi à examiner les nouvelles formes de médiation qui émergent au croisement de la technique, de la connaissance et du pouvoir.
- Muriel Frisch : 9H30-9H45 ou 10h – Introduction
- Anna Nesvijevskaia : 10h-10h45 – « Humains, données, IA : vers de nouvelles médiations » ;
- Karim Fraoua : 10h45-11h30 – « Médiation algorithmique et agentivité communicationnelle dans l’interaction éducative humain ? » ;
- Olufade F. Williams Onifade : 11h30-12h15 – « Beyond Algorithms: Reimagining Human Intelligence, Data, and AI in the Future of Learning » .
Détail des présentations
Anna Nesvijevskaia – HEG, Genève, Suisse.« Humains, données, IA : vers de nouvelles médiations ? »
Pourquoi tant de projets IA restent-ils sans impact réel malgré des technologies toujours plus performantes ? À partir de dix années de recherche-action et d’une douzaine de projets, cette intervention propose une réponse : les projets Data Science ne peuvent réussir qu’en présence d’un nouveau type de médiation, encore trop peu étudiée : la Médiation Humains-Données. En proposant un cadre théorique original, le modèle BRIZO, Anna
Nesvijevskaia décrit 5 leviers de médiation pour huiler ce mécanisme clé de création de valeur, en replaçant l’usage et les décisions humaines au centre des projets Data Science marqués par de fortes incertitudes. A travers l’identification des conditions organisationnelles et méthodologiques nécessaires à l’activation des usages dans les projets Data Science, il s’agit non seulement de proposer de nouvelles pratiques, mais également d’ouvrir des portes interdisciplinaires pour développer les métiers data de demain.
Karim Fraoua – Université Eiffel, France. « Médiation algorithmique et agentivité communicationnelle dans l’interaction éducative humain–IA. Une lecture par les SIC »
Nous nous sommes posé la question, lorsqu’un apprenant interagit avec un grand modèle de langage (LLM), qui contrôle réellement l’échange ? La qualité des productions de l’IA dépend directement des choix communicationnels de l’utilisateur, faisant du prompt bien plus qu’une requête technique mais un un acte de négociation discursive. Or à notre connaissance, la littérature SIC manquait d’un cadre théorique intégré pour analyser cette interaction.
Olufade F. Williams Onifade – Nigeria, « Beyond Algorithms: Reimagining Human Intelligence, Data, and AI in the Future of Learning »
We live in a time where artificial intelligence is no longer confined to research laboratories or technology companies. It now shapes how we learn, communicate, work, and even make decisions. Yet, beyond the power of algorithms and data lies a deeper question: What remains uniquely human in an increasingly intelligent digital world?
Bearing in mind the palpable fear of human displacement by AI, this presentation explores the meeting point between human intelligence, data, and artificial intelligence, with a special focus on education, communication, and social interaction. It invites the audience to look beyond the technical side of AI and reflect on how these technologies are transforming classrooms, workplaces, and everyday life.
For example, in education, AI-powered learning platforms can help a student in Nigeria learn mathematics at a personalized pace, while in Europe, intelligent translation systems can allow French-speaking and English-speaking students to collaborate seamlessly across borders. In healthcare, data-driven systems can assist doctors in identifying diseases earlier, yet human compassion and ethical judgment remain irreplaceable. In communication, recommendation algorithms may influence what we read, watch, and believe—raising important questions about trust, bias, and digital responsibility.
We can boldly assert that technology may become smarter, but the future will still belong to those who know how to combine intelligence with wisdom, data with ethics, and innovation with humanity.



image générée avec l’IA ChatGPT







