Séminaire STC

Thématiques : Coopérationmbre principal

12 Mai 2026 – La prochaine séance du Séminaire Sémiotique des Transactions Coopératives du thème “Coopération, Organisation, Dispositif, Design

aura lieu le 12 mai 2026 de 16h00 à 18h00 au CNAM (2, rue de Conté – salle 31.2.87, Paris 75003) et en distanciel en suivant ce lien : https://us02web.zoom.us/j/3357421137
Nous écouterons Manuel Zacklad et Etienne Armand Amato.

Les responsables du thème : Sylvie Alemanno, Etienne Armand Amato, Pierre Levy, Manuel Zacklad, 

Sémiotique des données et datafication : articulations sensibles, pratiques et conceptuelles
Manuel Zacklad, Pr Dicen-CNAM  

Dans cette séance, nous présenterons un article à paraître dans le prochain numéro d’ATIC, qui propose une approche sémiotique et transactionnelle de la donnée. L’enjeu est de sortir de l’alternative classique entre un réalisme néo-positiviste (Denis), qui fait de la donnée l’enregistrement transparent d’une réalité préexistante, et un constructivisme intégral qui la réduit à une pure fabrication. La Sémiotique des Transactions Coopératives ouvre une voie intermédiaire : les données ne sont ni traces naturelles ni conventions arbitraires, mais le produit de pratiques vernaculaires de typification, dont les technologies contemporaines de datafication prolongent et reconfigurent la logique.

Le cœur de la proposition repose sur l’introduction de la notion de sémiose cognitive et de ses trois régimes d’interprétation – sensible, pratique et conceptuel -, qui correspondent respectivement à la priméité, la secondéité et la tiercéité peirciennes. La datafication relève pleinement du régime pratique : elle opérationnalise la typification instituée à travers quatre étapes, la formalisation (normative, algorithmique ou physiquement instrumentée), l’encodage, l’enregistrement et la restitution sur requête. Cette grille permet de situer dans un même cadre analytique des dispositifs aussi différents que les bases de données relationnelles des systèmes d’information, les systèmes métrologiques instrumentés et les grands modèles de langage, tout en rendant visibles leurs régimes sémiotiques distincts.

La dernière partie met ce cadre à l’épreuve en analysant le dispositif Booking, contrasté avec les sites propres des hôtels. L’interface de la plateforme mobilise simultanément les trois régimes sémiotiques – les photographies pour le sensible, les notes, pictogrammes et filtres pour le pratique, l’idéologie de la mesure et l’imaginaire des marques pour le conceptuel – mais accorde une prépondérance massive à la typification normative. Les sites hôteliers autonomes, à l’inverse, réinvestissent les dimensions sensible et conceptuelle que la plateforme neutralise au profit d’une comparabilité supposément universelle des offres.

En imposant son régime de signification, Booking ne se contente pas de représenter l’expérience hôtelière mais la reconfigure, instaurant une asymétrie structurelle qui invite à penser des dispositifs info-communicationnels alternatifs, coopératifs et délibératifs – piste que nous ouvrirons à la discussion collective lors de la séance.

Qu’est-ce qu’une condition d’existence médiatique : identités numériques, relations interactives et (in)capacitations ?
Etienne-Armand Amato, MCF Dicen-UGE 

Pourquoi parler de condition d’existence pour saisir la place que nous accorde et fixe un média interactif, de ceux que nous investissons au point d’y mener une vie secondaire à travers un avatar ? Une triple définition de la notion de condition, ouvrant sur celle de conditionnement, aidera à saisir les modalités d’appropriation d’une identité numérique bien singulière : celle de l’avatar cybernétique. Celui-ci nous permet d’habiter un monde immersif, d’y être sémiotisé et présentifié, et surtout d’y exercer une puissance d’agir modifiant le cours des choses.

En dialoguant avec la Sémiotique des Transactions Coopératives (M. Zacklad), nous interrogerons la notion « d’artefact médiateur » afin de saisir la manière dont l’avatar structure une « potentialité d’accueil et de restitution » configurée par le dispositif cybermédiatique : le sujet humain l’investit avec son conatus (élan vital), dans un effort pour faire persévérer son être médiatique dans l’espace-temps interactif.

L’investissement humain de ce que nous appelons le « creux agentif » au cœur de l’avatar (cette « habitèle », dirait D. Boulier) passe par une transposition de soi, ainsi que par une recomposition de sa personne sous d’autres traits (la face sociale, Goffman), en lien avec l’univers immersif. D’où une double institution : intrasubjective, par laquelle le sujet se reconnaît dans l’avatar, son vecteur d’existence ; et intersubjective, par laquelle les autres personnes avatarisées le considèrent comme un acteur et un habitant de plein droit.

La question centrale de la capacitation ou de l’empêchement sera ensuite traitée grâce à une nouvelle approche de l’articulation humain-avatar et avatar-personnage/société virtuelle, qui relève d’un chaînage avatarial. Ce dernier considère « la prise en charge transactionnelle » de l’énergie humaine, grâce à des boucles relationnelles et des couplages qui autorisent ou contraignent. Notre réflexion débouchera enfin sur la notion que nous estimons centrale de « rôle info-communicationnel », laquelle éclaire autrement les phénomènes d’épanouissement ou d’aliénation médiatiques, en lien assumé avec une épistémologie techno-critique.