Projet scientifique Axe 3 : TIC et innovations de services, intelligence économique et territoriale

Les travaux de l’axe 3 s’intéressent spécifiquement à la manière dont les TIC constituent des vecteurs d’innovations de services en ré-agençant les flux d’information grâce à la dématérialisation des supports et en offrant corollairement de nouvelles opportunités de communication entre acteurs à différentes échelles spatio-temporelles au sein de différentes structures sociales et économiques. L’axe 3 articulera deux principaux angles d’attaque : celui du territoire et celui de l’organisation. En suivant Billaudot (2004) on considérera que le « territoire est un conteneur de ressources publiques, tandis qu’une organisation est un conteneur de ressources privées » au sens ou ces dernières ne sont pas liées à des enjeux de citoyenneté. Les innovations territoriales s’appuient sur la prise en considération des politiques publiques qui accompagnent le développement des TIC pour susciter des formes de gouvernance originales mais également pour permettre l’émergence d’organisations nouvelles. Les innovations organisationnelles s’inscrivent dans la perspective de stratégies « privées » et s’appuient sur une redéfinition des critères de la performance qui n’impliquent pas nécessairement un engagement politique.

La relation entre les enjeux organisationnels et territoriaux se retrouve également dans les deux approches de la veille que nous développons dans cet axe, intelligence économique et territoriale. Alors que l’intelligence économique telle que nous l’envisageons ici est principalement au service de l’organisation et de sa stratégie, l’intelligence territoriale, outre la dimension pour partie publique des projets auxquels elle contribue, implique une participation des acteurs concernés : alors que la première relève d’une démarche « top/down », la seconde est d’avantage « bottom/up » et implique les populations concernées (Bourret).

Parmi les domaines majeurs d’innovation de service exploitant les TIC selon une perspective territoriale figure le domaine des réseaux de santé (Bourret, Meyer) du patrimoine culturel et du tourisme (Jousselin, Bourret) et celui du développement durable dans les pays en voie de développement dans différents secteurs (formation, distribution, agriculture, etc.). L’hypothèse avancée (Arnaud), est que la circulation des savoirs entre les personnes facilitée par internet et la téléphonie mobile dans les pays du Sud, constitue un facteur potentiel de développement économique des territoires qui ouvre la perspective d’une société de la connaissance, envisagée comme un horizon sociopolitique à inventer. Les systèmes sociotechniques dans l’espace public sont imaginés et gérés par les populations concernées de manière décentralisée et participative permettant de contribuer à alimenter l’impératif écologique de protection de l’environnement.

Selon la perspective de l’innovation organisationnelle basée sur les TIC les recherches portent sur différents secteurs : santé et notamment hôpitaux, orientation professionnelle, restauration, hôtellerie, casinos… (Bourret, Meyer, Eppstein, Fraoua…) ou sur des fonctions particulière au sein des organisations : achats, services généraux, qualité, patrimoine… (Bourret, Meyer, Fraoua, Eppstein, Cacaly, Caliste). Plusieurs angles d’attaque, portés par des réflexions critiques seront privilégiés, dans les domaines de la qualité, de la gestion des compétences, du patrimoine immatériel ou de l’évaluation de performance. Dans le domaine de la qualité, par exemple, l’on cherchera montrer comment les démarches qualité restent marquées par une vision du contrôle issue du productivisme industriel et peinent à intégrer une vision qualitative adaptée aux nouveaux services immatériels et relationnels dans lesquels les processus d’information et de communication sont centraux. Le même type de problématique sera développé dans le domaine de l’évaluation de la performance du travail informationnel dans le contexte de choix d’investissement dans le domaine du SI (Zacklad).

Enfin, selon une perspective plus « micro », l’on s’intéressera également aux processus décisionnels en situation d’interaction et aux déterminant cognitifs des décisions en mobilisant différentes perspectives théoriques. Ces perspectives théoriques, ancrées dans des traditions épistémologiques différentes, peuvent être potentiellement antagonistes et sont susceptibles de donner lieu à des controverses internes dont nous attendons un enrichissement mutuel. Citons, par exemple, les approches systémiques et sémiotiques des situations (Bourret, Meyer), les approches inspirées par le pragmatisme (Zacklad) ou encore les modèles de décision basés sur la théorie des jeux ou la neuro-économie (Fraoua). Ces modèles sont susceptibles de suggérer de nouvelles fonctionnalités pour des logiciels de gestion de l’information dans différent secteurs : veille, recherche d’information, indexation, etc.

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